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On raconte l’histoire suivante du côté de Souza.

Un jour les dieux lassés de rendre d’incessantes visites aux peuples d’Afrique qui souhaitaient leur montrer leurs arts leur envoyèrent un émissaire.
Il leur fut proposé de se retrouver chaque année à l’orée de la saison sèche pour une fête des sens et de l’esprit.
Prudent, l’émissaire ne voulut pas choisir l’endroit. Il prit l’Afrique, la froissa d’importance, ferma les yeux et du bout de l’index, pointa le Cameroun. Tous les peuples se pâmèrent devant ce choix qui devait tout au hasard.
Alors de toutes les parties du continent, on se mit en route. Des acrobates déçus de n’être pas choisis se jetèrent du haut des montagnes. Des peintres laissèrent leurs pinceaux au fond des fleuves sept jours et sept nuits. Des porteurs de masques dansèrent jusqu’à l’étourdissement pour être de la fête.
Le prériple dura sept fois sept saisons sèches et sept lunes. En chemin des voyageurs mourrurent, d’autres naquirent qui à leur tour devinrent artistes avant d’arriver au rendez-vous des dieux.
Au crépuscule, ils découvrirent le Cameroun. Les tambourinaires dans un ultime roulement firent leur dernière répétition. Les conteurs, du pied gauche, tracèrent une dernière fois dans le sable, le cercle de leurs exploits futurs.
Les dieux vinrent au milieu de la nuit. Ils furent émerveillés par tant de beauté et de grâce. Ils lourèrent les artistes. Aux plus grands, ils promirent l’immortalité. Alors que l’aube commençait à poindre, ils tirèrent leur révérence dans un grand froissement d’ailes.
Au matin, il y eut un silence assourdissant. La nature elle-même semblait s’être parée pour l’occasion. Le vent charriait des poussières aux couleurs jamais vues et les déposait délicatement sur les masques et les toiles. Les montagnes renvoyaient aux tam-tams des notes jamais entendues. Le ciel avait inventé une nouvelle nuance de bleu.
Jamais aucun voyageur n’avait vu autant de beauté. Les plus faibles d’esprit en perdirent la raison. D’autres moururent en prières, les mains jointes et la face tournée vers le ciel. Alors ceux qui survècurent décidèrent de ne plus quitter le pays.
Voilà ce qu’on raconte du côté de souza. Mais on ajoute que lorsque la mémoire va chercher du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plaît. En faveur de ce fagot, on convoquera les peintres de ce catalogue qui ont accepté que leurs œuvres y figurent sans autre explication; dans leur nudité originelle. Car ils savent qu’elles sont chez elles. On dira l’enthousiasme qui a accueilli l’idée de cette galerie à Dakar et à Johannesburg. A Nice et à Lomé. A Paris et à Nairobi. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que Mam dont la vocation est d’être « poreuse à tous les souffles du vent » ait trouvé sa place naturelle ici.
Le premier mérite de Mam est donc à nos yeux d’être résolument un rendez-vous du « donner et du recevoir ». Un carrefour de cultures et d’expériences. Car en ces temps de fureur et de vitesse, ce n’est pas une mince ambition que vouloir être un lieu d’échanges et de recueillement.
Mais l’ambition de Mam va au-delà. Il s’agit de ne pas laisser le visiteur sorir indemne. Que l’on se rassure. Nulle certitude n’y sera distillée. Mais on ne pourra pas tourner et retourner autour des œuvres rassemblées sans qu’elles vous parlent. On ne pourra pas feindre longtemps l’indifférence. Fermer les yeux et les oreilles. Car il est terrible le grondement qui va monter de ces cimaises.
Enfin comment ne pas s’incliner avec respect devant l’idée des promoteurs qui ont voulu cette galerie pour montrer le travail des autres.
L’artiste crée et se sépare de son œuvre parfois dans la douleur, souvent dans le tourment, jamais dans l’indifférence.
Mam se veut un hommage rendu à ce travail.


Momar Nguer
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